Le Châtel distingué par l’Académie Delphinale !

La commune de Theys reçoit la Grande Médaille de l’Académie Delphinale

Le samedi 26 janvier prochain, la prestigieuse Académie Delphinale remettra à la commune de Theys son prix annuel pour la récompenser de son engagement en faveur de la restauration du Châtel. L’entreprise ambitieuse de restauration de ce joyau patrimonial vaudra à la mairie de recevoir la fameuse médaille gravée aux armes du Dauphiné qui récompense une personne ou une institution ayant particulièrement œuvré pour la sauvegarde, la conservation ou la mise en valeur du patrimoine régional.

La cérémonie, réservée aux membres de l’Académie et à leurs proches, aura lieu dans la grande salle de réception de la mairie de Grenoble. À cette occasion, une conférence ayant pour titre: « Le Châtel de Theys : une exceptionnelle maison forte en Belledonne », sera donnée par Térence Le Deschault de Monredon. Ce sera l’occasion de présenter au public présent ce site remarquable et le décor peint de sa grande salle de réception qui demeure à ce jour une découverte tout à fait exceptionnelle. En effet, il s’agit de la seule représentation connue en peinture murale du roman Perceval ou Le conte du graal, rédigé par l’écrivain champenois Chrétien de Troyes vers la fin du XIIe siècle .

C’est précisément le programme de restauration mis en place par la commune de Theys pour sauver ces magnifiques peintures murales datant de la fin du XIIIe siècle et la maison forte qui les abrite, qui a convaincu l’Académie Delphinale dans son choix. Cette distinction constitue un bel encouragement pour une municipalité qui croit en la mise en valeur de son patrimoine.

L’année 2019 commence donc sous de très bons auspices et nous pouvons espérer qu’elle se poursuivra de même, en compagnie des chevaliers de la Table ronde et du vaillant Perceval !

Un cavalier aux armoiries mystérieuses

Sur le linteau de la cheminée de la grande salle de réception du Châtel sont peints deux chevaliers qui s’affrontent. Une femme les sépare. Elle tient un étendard dans chaque main, aux couleurs de chacun des deux combattants et sa robe est parsemée d’écus, alternant ces deux mêmes armoiries.

IMG_0013
Vue de la cheminée
dessin cheminee - copie
Relevé des peintures du linteau

Le chevalier de gauche porte des armoiries sur lesquelles se distingue clairement un lion. Mais concernant le chevalier de droite, l’analyse est bien plus délicate.

À première vue, cette tige centrale barrée de deux branches courbes terminées par des sortes de fleurons pourrait faire penser à un créquier.

IMG_0103
Détail du bouclier armorié
chêne-2
La figure héraldique d’un créquier

Pourtant le créquier, ce végétal héraldique, comporte trois branches et non deux, des feuilles lancéolées et non lobées et l’on voit ses racines, ce qui n’est pas le cas au Châtel.

Après une petite enquête dans différents armoriaux, j’ai trouvé ceci :

chêne-1

Cet armorial français des années 1500 donne l’information suivante : Eyk porte d’argent à… Le copiste n’a pas su blasonner cet étrange écu. Il s’est donc contenté de donner le nom de son propriétaire.

Puis, en cherchant un peu plus, j’ai trouvé l’original flamand sur lequel avait vraisemblablement été copié cet armorial français.

chêne-3

On s’aperçoit ici que les branches ne se terminent pas vraiment par des fleurs, mais par des formes lobées dépourvues de bouton central. De plus, les anneaux représentés sur le manuscrit français pourraient ici être de simples protubérances symétriques de part et d’autre des branches de ce végétal très stylisé.

Quelques connaissances de vieux néerlandais permettent de faire rapidement le lien entre le nom de famille « Eyk » et sa signification dans le langage courant : « le chêne ». Il devient ainsi évident que nous sommes en présence d’armes parlantes, c’est-à-dire d’armoiries dont la représentation forme une sorte de rébus avec le nom de la personne qui les porte.

Pour achever de nous convaincre que le chevalier de Theys porte des armoiries au chêne (ou à la branche de chêne), il suffit de lever les yeux vers le manteau de la cheminée et de s’apercevoir que le médaillon de l’histoire de Perceval qui est mis en valeur à cet endroit représente le cheval du héros broutant devant un très beau chêne, reconnaissable à ses feuilles ondulées. L’arbre se dresse au centre du médaillon et n’apparaît qu’une seule fois dans l’ensemble des peintures murales du Châtel, ce qui confère à son apparition une grande importance.

Ce premier mystère résolu, il reste à savoir ce que signifie cet affrontement et qui se cache derrière ce blason si rare et inconnu des armoriaux des grandes familles du Dauphiné, de la Savoie et du Genevois.

La suite dans un prochain article à venir…

Térence Le Deschault de Monredon
Médiéviste – chef du projet Châtel
Conseiller patrimonial de la commune de Theys