Entre chevalerie, érotisme et alliance matrimoniale: mise en ligne de la conférence du jeudi 15 avril 2021

La visioconférence donnée le jeudi 15 avril dernier dans le cadre du séminaire doctoral du laboratoire Litt&Arts de l’Université de Grenoble Alpes et qui avait pour titre Autour d’une iconographie peu ordinaire sur la cheminée du Châtel de Theys: entre chevalerie, érotisme et alliance matrimoniale a rencontré un franc succès avec environ 200 auditeurs !

De nombreuses personnes nous ont demandé d’en diffuser l’enregistrement pour pouvoir la revoir ou la regarder en différé. La voici donc dans son intégralité. N’hésitez pas à vous abonner à la chaîne YouTube du Châtel pour recevoir une notification à chaque nouvelle vidéo que nous publierons.

Que font un éléphant et un dragon dans le Châtel de Theys ?

Si les peintures murales de la grande salle de réception du Châtel de Theys représentent le début du Perceval de Chrétien de Troyes, il est une partie de cet ensemble qui ne fait pas référence à cette source littéraire. Il s’agit du décor du linteau de la cheminée – précédemment évoqué dans un autre article de ce blog – et des corbeaux qui le supportent. Nous avions vu que le combat de deux chevaliers séparés par une dame posait un certain nombre de problèmes d’identification. Nous en savons davantage à présent mais cela fera l’objet d’un prochain article.

Affrontement du linteau de la cheminée du Châtel (photographie et relevé)

Aujourd’hui, nous allons nous attarder sur le décor des deux corbeaux, deux énormes blocs de grès d’Allevard (ou pierre violette) qui traversent toute l’épaisseur du mur pour pouvoir supporter le poids du linteau et du manteau de la cheminée. Ils sont ornés de deux animaux étranges.

Tout d’abord, précisons qu’il n’est pas rare que des combats d’animaux, réels ou fantastiques, soient représentés en parallèle d’un combat de chevaliers dans les décors des maisons médiévales. C’est sans doute une manière d’évoquer l’aspect animal qui se dégage de la violence du combat. En effet, l’iconographie médiévale se plaît à opposer régulièrement chez l’homme son intelligence (sa raison), qui lui est spécifique, et ses instincts qu’il partage avec les animaux, au même titre que ses cinq sens.

Le premier animal qui se trouve sur le corbeau de gauche, lorsque l’on regarde la cheminée, est difficilement identifiable au premier abord, car sa tête et l’avant de son corps ont disparu sous une épaisse couche de suie. Cependant, un détail attire l’attention : il porte sur son dos un château, comportant un donjon central et deux tourelles sur les côtés, ainsi que plusieurs portes. On distingue bien l’appareillage régulier des murailles, ainsi que les créneaux qui couronnent ces dernières. Or, un seul animal peut porter un château sur son dos et il s’agit de l’éléphant. En effet, dans l’imaginaire des bestiaires médiévaux, on le voit souvent représenté ainsi harnaché, ce qui permet d’évoquer à la fois sa taille hors du commun et sa force extraordinaire. Le souvenir, transmis par les textes, de son utilisation comme animal de guerre complétait l’image que l’on s’en faisait alors.

Corbeau de gauche de la cheminée du Châtel : l’éléphant et son palanquin fortifié (photographie et relevé)

Bien que l’éléphant ait été connu en Occident et que certaines ménageries princières en aient possédé, il était suffisamment rare pour que sa représentation anatomique soit généralement assez fantaisiste. Quoi qu’il en soit, les bestiaires font de lui un animal très vertueux, prudent, doté d’une bonne mémoire, probe et ignorant l’inceste. On dit également qu’il est très attentif à prendre soin de sa progéniture et à la protéger de son seul ennemi : le dragon.

Guillaume Le Clerc de Normandie, Bestiaire divin, Cambridge, Trinity College Library, MS O.2.14

L’éléphant possède une telle force qu’il peut vaincre n’importe quel autre être vivant, sauf le dragon, qui sait lui résister et le tourmenter. Les bestiaires opposent donc toujours l’éléphant au dragon. C’est pourquoi il n’est pas étonnant de voir apparaître sur le corbeau de droite de la cheminée du Châtel un magnifique dragon polycéphale (à plusieurs têtes). Chaque tête est dotée d’oreilles pointues et crache des flammes rougeoyantes.

Corbeau de droite de la cheminée du Châtel : le dragon à trois têtes

Dans les bestiaires médiévaux, le dragon est généralement traité au même chapitre que la vipère et que tous les serpents confondus. On comprendra donc, à travers la référence à l’Antique Serpent, Démon tentateur du paradis originel, que le dragon symbolise tout l’opposé de l’éléphant. C’est l’incarnation du mal, de la luxure, du péché, etc.

Différentes sortes de reptiles, Aberdeen Bestiary, Royaume-Uni, University of Aberdeen, MS 24, fol. 68v

D’ailleurs, si le Démon prend souvent la forme du dragon, l’éléphant, quant à lui, symbolise, sous la plume de certains auteurs, Dieu, car de même que les soldats se trouvent à l’abri de l’ennemi dans le palanquin fortifié porté par l’éléphant, de même Dieu constitue un refuge pour les fidèles.

L’éléphant et son palanquin fortifié, Bestiaire, Copenhague, Kongelige Bibliotek, GKS 1633 kvart, fol. 6v.

La première lecture du décor des corbeaux de la cheminée de la grande salle du Châtel nous conduit donc vers une interprétation de ces deux animaux comme symboles du bien et du mal, dans un jeu d’opposition faisant écho aux deux cavaliers du linteau. Nous verrons, dans un prochain article, comment on peut pousser plus avant l’interprétation de cette partie du décor pour la mettre plus étroitement en relation avec la scène centrale de l’affrontement.

Une avancée de 10 000 pas vers la renaissance du Châtel !

Une étape symbolique a été franchie dans notre course pour sauver le Châtel de Theys : notre souscription auprès de la Fondation du patrimoine, en lien avec la Mission Bern, a dépassé la barre des 10 000 euros de dons !

Souvenez-vous…

En septembre 2018 nous étions retenus par la Mission Bern et en parallèle s’ouvrait une souscription auprès de la Fondation du patrimoine afin de récolter des dons qui aideraient la commune de Theys dans son beau projet patrimonial.

Il y a un an (janvier 2019), la commune de Theys était récompensée par l’Académie Delphinale pour son action de sauvegarde et de restauration du Châtel et de ses magnifiques peintures murales.

Aujourd’hui, nous avons réussi à toucher suffisamment de personnes pour parvenir à récolter plus de 10 000 euros de dons. 

Imaginez…

10 000, c’est le nombre de pas que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de faire chaque jour pour rester en forme. Pour le Châtel, chaque euro est comme un pas vers la rédemption et chacun de ces pas, c’est un mécène qui nous l’offre.

Que chaque donateur qui a démontré sa générosité, quel que soit le montant de son don, soit vivement remercié d’avoir contribué à la remise en forme de cette vieille dame qu’est la maison forte du Châtel !

Pour notre part, nous sommes fiers d’avoir réussi à convaincre chacun de vous de l’importance de notre mission.

Sachez que…

10 000 euros, c’est beaucoup, mais pas encore assez pour mener à bien un tel chantier. Comme pour rester en bonne santé, la remise en état d’un monument demande des efforts constants et réguliers.

Nous allons donc poursuivre notre campagne de communication

Cette année, nous avons donné trois conférences pour présenter le décor de la grande salle du Châtel et le public s’est toujours montré très surpris de la richesse de cet ensemble. Les spécialistes du Moyen Âge que nous avons rencontrés sont unanimes sur l’importance de ce témoignage unique et sur l’urgence qu’il y a à le sauvegarder.

Aidez-nous !

Mais nous comptons aussi sur vous pour faire fonctionner l’outil sans nul doute le plus efficace qui soit : le bouche-à-oreille. Rien de plus convaincant que la recommandation d’une cause par un proche, un ami.

Faisons donc notre possible pour que le Châtel devienne connu de tous et qu’il attire de nouveaux mécènes pour avancer de 10 000 nouveaux pas vers sa pleine santé !

Pourquoi ne pas commencer l’année en écoutant Chrétien de Troyes ?

Concevoir la réhabilitation d’une maison forte médiévale

Pour le grand public, le patrimoine du Moyen Âge ce sont les cathédrales et les châteaux forts. Pour les historiens de l’art et les restaurateurs de peintures murales, cela fait déjà quelques décennies qu’il existe un autre patrimoine, moins bien connu et pour cette raison encore plus intéressant : celui de la maison médiévale et de son décor.

            Le Moyen Âge a très longtemps été étudié principalement à travers les textes, dont la très grande majorité est due aux clercs et nous livrent donc une image passée au crible du clergé. Avec la prise en compte des illustrations marginales de manuscrits, puis des peintures murales civiles, c’est le point de vue des laïcs qui se découvre à notre connaissance.

La salle peinte du Châtel de Theys avec sa grande cheminée

            Une maison forte, avec sa salle de réception intacte, entièrement décorée d’un cycle peint emprunté à un roman arthurien, voilà bien un trésor que de nombreux chercheurs rêvent de pouvoir étudier un jour, mais bien peu auront l’occasion de satisfaire leur désir. Voilà également un vrai défi à relever sur plusieurs plans pour le gestionnaire de ce projet patrimonial. 

Tout d’abord du point de vue de l’analyse archéologique et historique : faire les bons choix pour ne laisser au hasard aucun indice pouvant aider à la compréhension de l’ensemble. Ensuite d’un point de vue de la restauration tant du bâtiment que de ses peintures : respecter les vestiges, conserver les traces du temps tout en donnant une lecture convaincante et évocatrice du monument et sans oublier le caractère de « laboratoire » d’un pareil édifice. Enfin du point de vue de la réhabilitation : ne pas trahir le passé et surtout proposer un discours à la fois consistant et captivant pour un public qui devra ressortir de sa visite enrichi du sentiment de se sentir plus éclairé, car il aura compris une partie de son passé, de son héritage, c’est-à-dire de lui-même. Et même si ses ancêtres vécurent bien loin de là, c’est un petit morceau de l’humanité toute entière qui lui sera ainsi découvert.

Le projet : expliquer le Moyen Âge de tous les jours dans des murs médiévaux, loin des poncifs et en osant les nuances. Arrêtons d’offrir au public ce qu’il attend en le confortant dans ses certitudes erronées ou approximatives. Donnons-lui ce qui le rend plus heureux, car plus fier de lui-même : l’opportunité de s’enrichir. 

Le Châtel distingué par l’Académie Delphinale !

La commune de Theys reçoit la Grande Médaille de l’Académie Delphinale

Le samedi 26 janvier prochain, la prestigieuse Académie Delphinale remettra à la commune de Theys son prix annuel pour la récompenser de son engagement en faveur de la restauration du Châtel. L’entreprise ambitieuse de restauration de ce joyau patrimonial vaudra à la mairie de recevoir la fameuse médaille gravée aux armes du Dauphiné qui récompense une personne ou une institution ayant particulièrement œuvré pour la sauvegarde, la conservation ou la mise en valeur du patrimoine régional.

La cérémonie, réservée aux membres de l’Académie et à leurs proches, aura lieu dans la grande salle de réception de la mairie de Grenoble. À cette occasion, une conférence ayant pour titre: « Le Châtel de Theys : une exceptionnelle maison forte en Belledonne », sera donnée par Térence Le Deschault de Monredon. Ce sera l’occasion de présenter au public présent ce site remarquable et le décor peint de sa grande salle de réception qui demeure à ce jour une découverte tout à fait exceptionnelle. En effet, il s’agit de la seule représentation connue en peinture murale du roman Perceval ou Le conte du graal, rédigé par l’écrivain champenois Chrétien de Troyes vers la fin du XIIe siècle .

C’est précisément le programme de restauration mis en place par la commune de Theys pour sauver ces magnifiques peintures murales datant de la fin du XIIIe siècle et la maison forte qui les abrite, qui a convaincu l’Académie Delphinale dans son choix. Cette distinction constitue un bel encouragement pour une municipalité qui croit en la mise en valeur de son patrimoine.

L’année 2019 commence donc sous de très bons auspices et nous pouvons espérer qu’elle se poursuivra de même, en compagnie des chevaliers de la Table ronde et du vaillant Perceval !