Annonce de conférence sur le décor peint du Châtel de Theys

Notre dernier article abordait l’interprétation de l’éléphant et du dragon de la cheminée du Châtel de Theys.

Pour connaître la suite de l’interprétation, je vous convie à assister à la visioconférence que je donnerai dans le cadre du séminaire doctoral Litt&Arts de l’Université de Grenoble Alpes

Le jeudi 15 avril à 17h30.

Pour rejoindre cette conférence, il vous suffira de cliquer sur le lien suivant :

https://univ-grenoble-alpes-fr.zoom.us/j/95269099444?pwd=YXJtdExCZHh2U2ZtdXY4aDRQamRUQT09

Que font un éléphant et un dragon dans le Châtel de Theys ?

Si les peintures murales de la grande salle de réception du Châtel de Theys représentent le début du Perceval de Chrétien de Troyes, il est une partie de cet ensemble qui ne fait pas référence à cette source littéraire. Il s’agit du décor du linteau de la cheminée – précédemment évoqué dans un autre article de ce blog – et des corbeaux qui le supportent. Nous avions vu que le combat de deux chevaliers séparés par une dame posait un certain nombre de problèmes d’identification. Nous en savons davantage à présent mais cela fera l’objet d’un prochain article.

Affrontement du linteau de la cheminée du Châtel (photographie et relevé)

Aujourd’hui, nous allons nous attarder sur le décor des deux corbeaux, deux énormes blocs de grès d’Allevard (ou pierre violette) qui traversent toute l’épaisseur du mur pour pouvoir supporter le poids du linteau et du manteau de la cheminée. Ils sont ornés de deux animaux étranges.

Tout d’abord, précisons qu’il n’est pas rare que des combats d’animaux, réels ou fantastiques, soient représentés en parallèle d’un combat de chevaliers dans les décors des maisons médiévales. C’est sans doute une manière d’évoquer l’aspect animal qui se dégage de la violence du combat. En effet, l’iconographie médiévale se plaît à opposer régulièrement chez l’homme son intelligence (sa raison), qui lui est spécifique, et ses instincts qu’il partage avec les animaux, au même titre que ses cinq sens.

Le premier animal qui se trouve sur le corbeau de gauche, lorsque l’on regarde la cheminée, est difficilement identifiable au premier abord, car sa tête et l’avant de son corps ont disparu sous une épaisse couche de suie. Cependant, un détail attire l’attention : il porte sur son dos un château, comportant un donjon central et deux tourelles sur les côtés, ainsi que plusieurs portes. On distingue bien l’appareillage régulier des murailles, ainsi que les créneaux qui couronnent ces dernières. Or, un seul animal peut porter un château sur son dos et il s’agit de l’éléphant. En effet, dans l’imaginaire des bestiaires médiévaux, on le voit souvent représenté ainsi harnaché, ce qui permet d’évoquer à la fois sa taille hors du commun et sa force extraordinaire. Le souvenir, transmis par les textes, de son utilisation comme animal de guerre complétait l’image que l’on s’en faisait alors.

Corbeau de gauche de la cheminée du Châtel : l’éléphant et son palanquin fortifié (photographie et relevé)

Bien que l’éléphant ait été connu en Occident et que certaines ménageries princières en aient possédé, il était suffisamment rare pour que sa représentation anatomique soit généralement assez fantaisiste. Quoi qu’il en soit, les bestiaires font de lui un animal très vertueux, prudent, doté d’une bonne mémoire, probe et ignorant l’inceste. On dit également qu’il est très attentif à prendre soin de sa progéniture et à la protéger de son seul ennemi : le dragon.

Guillaume Le Clerc de Normandie, Bestiaire divin, Cambridge, Trinity College Library, MS O.2.14

L’éléphant possède une telle force qu’il peut vaincre n’importe quel autre être vivant, sauf le dragon, qui sait lui résister et le tourmenter. Les bestiaires opposent donc toujours l’éléphant au dragon. C’est pourquoi il n’est pas étonnant de voir apparaître sur le corbeau de droite de la cheminée du Châtel un magnifique dragon polycéphale (à plusieurs têtes). Chaque tête est dotée d’oreilles pointues et crache des flammes rougeoyantes.

Corbeau de droite de la cheminée du Châtel : le dragon à trois têtes

Dans les bestiaires médiévaux, le dragon est généralement traité au même chapitre que la vipère et que tous les serpents confondus. On comprendra donc, à travers la référence à l’Antique Serpent, Démon tentateur du paradis originel, que le dragon symbolise tout l’opposé de l’éléphant. C’est l’incarnation du mal, de la luxure, du péché, etc.

Différentes sortes de reptiles, Aberdeen Bestiary, Royaume-Uni, University of Aberdeen, MS 24, fol. 68v

D’ailleurs, si le Démon prend souvent la forme du dragon, l’éléphant, quant à lui, symbolise, sous la plume de certains auteurs, Dieu, car de même que les soldats se trouvent à l’abri de l’ennemi dans le palanquin fortifié porté par l’éléphant, de même Dieu constitue un refuge pour les fidèles.

L’éléphant et son palanquin fortifié, Bestiaire, Copenhague, Kongelige Bibliotek, GKS 1633 kvart, fol. 6v.

La première lecture du décor des corbeaux de la cheminée de la grande salle du Châtel nous conduit donc vers une interprétation de ces deux animaux comme symboles du bien et du mal, dans un jeu d’opposition faisant écho aux deux cavaliers du linteau. Nous verrons, dans un prochain article, comment on peut pousser plus avant l’interprétation de cette partie du décor pour la mettre plus étroitement en relation avec la scène centrale de l’affrontement.

Nouvelle vidéo: Entretien avec le Groupe de recherches sur la peinture murale

Le Groupe de recherches sur la peinture murale (GRPM) nous a fait l’honneur d’une visite au Châtel de Theys. Tous ces spécialistes, venus des quatre coins de France, qui travaillent depuis des années pour l’étude, la protection et la restauration du patrimoine peint médiéval, nous ont donné leur point de vue sur le décor de la salle de réception du Châtel. Découvrez ce qu’ils ont à en dire !

Le Châtel de Theys choisi par Stéphane Bern pour le premier numéro de sa revue Mission Patrimoine !

Mission Patrimoine est le titre de la nouvelle revue trimestrielle créée par Stéphane Bern pour soutenir son combat en faveur des monuments en danger. Le premier numéro vient de sortir le 7 octobre 2020 et une double page y est consacrée au Châtel de Theys !

N’hésitez pas à vous abonner à cette belle revue, qui présente des sites exceptionnels, des métiers et des personnalités du patrimoine. Vous soutiendrez ainsi la Mission Bern tout en découvrant les merveilles du patrimoine français !

Une mécène suisse offre une vidéo promotionnelle pour le Châtel de Theys !

Interview de Lucienne Serex par Térence Le Deschault de Monredon

Nous avons profité de la sortie de la vidéo promotionnelle de Lucienne Serex pour interroger la réalisatrice, mais surtout la médiéviste, sur son acte de mécénat et sur ce qu’elle pense du projet de restauration et de réhabilitation du Châtel.

Lucienne Serex, qui êtes-vous ?

Je suis une autrice de Suisse et une historienne. J’ai soutenu mon master en littératures sur le thème de Perceval à l’Université de Neuchâtel en 2017, sous la direction du professeur Alain Corbellari. J’ai commencé mes études en littérature médiévale assez tard. J’avais d’abord étudié la microtechnique et j’ai travaillé pendant plusieurs années dans l’horlogerie suisse en tant qu’ingénieur. Les deux volets de ma vie, les lettres et la technique, se réunissent avec bonheur lors de la réalisation de courts-métrages.

Comment avez-vous découvert le projet de restauration du Châtel de Theys ?

Cela peut sembler curieux, mais c’est à travers le réseau Linkedin. Laurence Terrier, docteur en histoire de l’art médiéval et enseignante-boursière à l’université de Neuchâtel, avait partagé un de vos articles sur le Châtel. À partir de là, je me suis rendue sur le site internet, que j’ai trouvé très bien fait. J’ai d’abord été émerveillée par les photographies de la salle peinte, puis j’ai regardé plus en détail les informations à disposition sur l’histoire et le bâtiment.

Qu’est-ce qui vous a retenu votre attention dans ce projet ?

Mon sang n’a fait qu’un tour lorsque j’ai compris qu’il s’agissait d’un témoignage exceptionnel de la réception du texte de Chrétien de Troyes, dans un milieu chevaleresque. En effet, cet auteur a écrit son roman Perceval ou le Conte du Graal, vers la fin du XIIe siècle et nous n’en avons pas d’autre exemple aussi étendu de sa représentation. Les enluminures des manuscrits ou de petits objets évoquent quelques scènes du roman, mais jamais un passage aussi long du texte.

J’avais travaillé sur l’utilisation par Chrétien de Troyes du fameux texte des Moralia in Job [N.D.R. : il s’agit d’un commentaire du livre biblique de Job par Grégoire le Grand] et je me suis aperçue que les références savantes n’apparaissent pas dans les peintures. Et c’est fascinant. Je n’ai pas encore eu le temps d’étudier de près les illustrations, et d’ailleurs, plusieurs sont manquantes, mais on se rend compte qu’il y a eu une sélection dans la représentation des épisodes, avec une préférence pour les aventures chevaleresques, alors même que les dessins semblent très fidèles au texte, du point de vue des détails.  Ensuite, bien sûr, la beauté des peintures et l’expression des personnages.

Pourquoi avoir proposé de réaliser une vidéo ?

Il y a peu, j’ai dû avoir recours au crowdfunding (appel aux dons) pour un projet artistique en Suisse. J’ai réalisé que les vidéos pleines d’humour remportaient plus facilement l’adhésion du public. Je me suis dit qu’il faudrait faire quelque chose de semblable pour le Châtel de Theys, quelque chose avec un côté un peu amusant pour avoir plus d’impact, notamment sur les réseaux sociaux. Faire parler la figure de Perceval, avec son joli minois, semblait une bonne idée. Cela m’a pris des heures, mais c’était vraiment très agréable de travailler sur un dessin de cette qualité ! En plus de cela, je trouvais qu’il s’agissait d’un projet important et je tenais à y contribuer.

Quel a été votre sentiment quand vous êtes entrée pour la première fois dans la salle peinte du Châtel ?

Wahou ! J’ai été impressionnée ! J’avais perçu de l’inquiétude, avant que je visite, chez certains membres de l’association Theys Patrimoine qui avaient peur que je sois déçue, parce que pour quelqu’un qui n’a pas l’habitude de voir des chantiers d’archéologie du patrimoine, cela peut paraître abîmé. Mais pour une médiéviste, même en l’état, c’est juste extraordinaire !

Vous qui travaillez sur le Moyen Âge, avez-vous déjà vu quelque chose de comparable ailleurs ?

Il y a en Suisse, particulièrement dans les Alpes grisonnes, des peintures médiévales extraordinaires et une émotion semblable m’a été donnée, par exemple, dans l’église de Zillis, la « sixtine des Alpes ». Mais je n’avais jamais vu de maison forte aussi bien conservée. C’est très rare. À Zillis, on peut aussi reconnaître les scènes. Ce sont des passages bibliques qu’il est amusant de chercher à identifier. C’est comme une chasse aux énigmes où l’on cherche les différents passages du texte. Mais à Theys, ce sont des scènes du roman du Graal et c’est unique ! 

Selon vous, pourquoi est-il important de conserver ce patrimoine ?

Parce que l’on a très peu de choses conservées de cette époque, surtout en contexte civil. Nous n’avons que trop peu de traces de cette vie laïque que représente le Châtel de Theys et sa grande salle. La vision de cette époque est biaisée, car la majorité des témoignages, qu’ils soient de l’écrit ou du bâti, sont relatifs à l’Eglise. De plus, il est important de reconsidérer la valeur extraordinaire des textes de Chrétien de Troyes et du rôle de cet auteur dans la formation de la langue française. Donc, si cela peut aussi aider à faire mieux connaître Chrétien de Troyes, tout comme le monde laïc, c’est parfait.

Selon vous, quelle est la place de ce projet dans le panorama patrimonial européen ?

Aujourd’hui, on considère qu’un village comme Theys est perdu dans la montagne, mais au Moyen Âge, il s’agissait d’un passage vers l’Italie, d’un carrefour culturel extraordinaire. Or on connaît en Italie des représentations de la matière arthurienne antérieures aux romans de Chrétien de Troyes, dans les cathédrales de Modène et d’Otrante. À Theys, on est un siècle après l’écriture du Perceval et en contexte civil. Ce sont autant de témoignages de la réception des romans arthuriens en Europe, dont je rappelle que la matière de base est britannique, ce qui est passionnant. Cela permet sans aucun doute de mieux comprendre notre culture commune.

Pensez-vous que ce projet puisse intéresser un public qui ne connaîtrait pas le Moyen Âge ?

Oui, justement, c’est l’intérêt de faire un crowdfunding, car on touche beaucoup de monde et cela permet de montrer aux gens la beauté de ces peintures. Perceval est très « mignon » dans ces peintures de Theys et il plaira certainement aux enfants. Aujourd’hui, les sagas « médiéval fantastique » ont énormément de succès, car il y a dans cette époque quelque chose qui nous touche profondément. Les représentations médiévales ne cherchent pas le réalisme, mais expriment la « sur-réalité », c’est-à-dire la dimension spirituelle, symbolique, théologique des choses. C’est un art qui parle plus à notre sensibilité qu’à notre intellect, ce qui permet à un grand nombre d’être touché, ému, sans savoir pourquoi.

Pensez-vous que le Châtel aide à une meilleure connaissance du Moyen Âge ?

Oui, pour deux raisons essentielles. Premièrement, le Châtel illustre parfaitement ce que l’on peut lire dans les textes du Moyen Âge. En effet, on voit souvent mentionnée la grande salle de réception par des auteurs comme Chrétien de Troyes et à Theys, on peut enfin entrer dans une telle salle et compléter notre imaginaire avec quelque chose de concret. Ainsi, la grande cheminée rappelle l’importance du foyer que l’on trouve très bien décrite dans les textes de l’époque. 

Deuxièmement, cette grande salle permet de remettre en question certains a priori sur le Moyen Âge. Par exemple, la saleté si souvent représentée dans les films ou le caractère terne, gris ou brun, que l’on a des costumes et des bâtiments… Le lavabo et les latrines de Theys montrent au contraire un grand souci de l’hygiène. Et même non restaurées, les couleurs du décor éclatent ! D’ailleurs, dans les romans arthuriens, les couleurs sont très présentes, le vocabulaire en est varié et précis.

Souhaiteriez-vous un tel projet pour votre commune, en Suisse ?

Oui, bien sûr ! J’ai moi-même fait partie d’une association pour la valorisation du patrimoine. On organise des manifestations tous les deux ans autour d’objets patrimoniaux de la commune. Elles ont beaucoup de succès. On a ainsi réussi une fête extraordinaire dans la forêt autour d’un menhir et de pierres à cupules ! Je peux comprendre que les gens soient soucieux de voir affluer les touristes, mais il est tout à fait possible, si l’on pense correctement les accès et le discours, de promouvoir un tourisme doux et respectueux. C’est d’ailleurs ce genre de tourisme de qualité auquel s’adapte le mieux le site du Châtel. 

Quels sont, selon vous, les avantages d’un tel projet pour la région ?

Il ne faut pas oublier que les Alpes sont des régions très importantes d’un point de vue culturel et historique. Or on en fait plutôt des domaines sportifs en oubliant qu’elles ont joué un rôle majeur dans la constitution de nos pays et de nos cultures. Ce projet est certainement un excellent moyen de le rappeler.

Pensez-vous que les générations futures seront heureuses de recevoir un tel héritage ?

On peut en être convaincu lorsque l’on voit le succès d’un site comme Guédelon auprès des jeunes générations, heureuses de mieux connaître leur histoire et les métiers anciens auxquels on fait appel pour la construction de ce château fort. Mais, à Guédelon, on crée un château qui n’existait pas, tandis qu’à Theys, le Châtel est un vrai témoin de l’époque médiévale. J’ai moi-même beaucoup de plaisir à parler d’histoire en faisant visiter des sites patrimoniaux à mes enfants et je crois que c’est pour eux un apprentissage nécessaire. Et s’ils en ont parfois un peu assez des églises, ils ne m’ont jamais refusé d’aller dans un château !

Êtes-vous fière de voir votre nom associé à ce projet en tant que mécène ?

Oui, j’étais prête à payer 1000 CHF et j’ai préféré transformer mon don en offrant cette vidéo. Je suis très fière que mon nom apparaisse sur le site internet du Châtel de Theys, parmi les autres noms de mécènes parce que lorsque je visite un site historique, je suis toujours reconnaissante envers ceux qui ont rendu possible une telle découverte.

Avez-vous encore quelque chose à ajouter ?

Je tiens à vous remercier d’avoir accepté mon projet de vidéo et de m’avoir donné carte blanche pour le scénario et la réalisation, c’était une belle preuve de confiance et : que vive le Châtel de Theys !

Covid-19 et patrimoine

Une épidémie touche le domaine du vivant et il est naturel que tous les regards se tournent actuellement vers les effets du coronavirus sur l’humanité. Les mesures de confinement prises par les différents pays, tout comme l’annonce régulière par les médias du nombre d’infectés et de morts, augmentent l’inquiétude de millions d’êtres humains, déjà stressés de devoir vivre dans des espaces fermés et réduits.

On comprend donc aisément qu’en ces temps de crise pandémique, plus personne ne parle de sauvegarde du patrimoine. Le chantier de restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris s’est arrêté le 16 mars, mettant en difficulté les nombreuses entreprises qui y collaborent et laissant l’édifice dans un état très précaire, sans que cela n’ait suscité un émoi particulier. Toute cette main d’œuvre qui travaille au sauvetage de la cathédrale et qui, hier encore, était considérée comme héroïque (on se souvient des pompiers décorés par le président de la République), a cessé son activité dans l’indifférence totale. Aujourd’hui l’émotion a changé de moteur, le projecteur médiatique a tourné telle une roue de Fortune, et les héros doivent être cherchés parmi le personnel soignant.

Pourtant, l’importance de la culture pour le bien-être d’une société ne s’est jamais fait autant sentir que ces dernières semaines. Et les instances culturelles se montrent généreuses envers le public confiné. En effet, combien de musées, de bibliothèques, de cinémathèques ont ouvert leurs collections à la consultation ? Combien de salles d’opéra, de théâtres, d’orchestres symphoniques ont mis gratuitement à disposition des concerts et des représentations ?

La question qui se pose maintenant est la suivante : nous souviendrons-nous de leur geste lorsque ces mêmes institutions viendront demander de l’aide aux particuliers et aux mécènes pour pouvoir poursuivre leur mission édifiante ? Car elles le feront, parce que les subventions qui les font vivre disparaissent peu à peu. Alors, est-ce que les gouvernements se rappelleront du rôle qu’ont joué les acteurs de la culture durant cette pandémie afin de distraire des millions de confinés de leurs angoisses quotidiennes ?

Le 3 avril dernier, l’UNESCO a publié une déclaration visant à renforcer le soutien au patrimoine documentaire. Il y est notamment écrit que « les archives des expressions artistiques et créatives de l’humanité […] sont une source de connectivité sociale et de résilience pour les communautés du monde entier. » En d’autres termes cela revient à dire que l’art, sous toutes ses formes, renvoie les spectateurs à des racines culturelles communes – ce qui constitue un facteur d’unité sociale – et leur rappelle que notre existence ne se limite pas à un rôle joué dans une société éphémère, mais que cette même société repose sur la richesse de nombreux siècles dont nous sommes les héritiers et qu’elle léguera aux générations futures les fruits de sa propre culture. Sous cette perspective, notre vie s’enrichit soudain d’un passé et apporte sa pierre à la construction d’un avenir. Nous voilà ainsi armés pour relativiser la valeur de nos destinées et, sur un registre moins dramatique, nos tracas quotidiens (ce qui nous conduit à la résilience évoquée par l’UNESCO).

Nous sommes nombreux à nous être émerveillés sur ces images de la nature reprenant ses droits, un peu partout dans le monde. C’est en effet le processus normal lorsque l’activité humaine cesse durant quelques semaines. Appliquez maintenant cela à de vieux bâtiments dans un état précaire qui attendent une restauration urgente et le point de vue sera tout autre. Eux aussi subissent l’arrêt imposé par cette pandémie. Et il y a de fortes chances pour qu’ils continuent à en pâtir après le retour à nos occupations habituelles, car tous nos efforts – et ceux de l’État – seront concentrés à sauver l’économie et nous savons bien que dans pareils cas le patrimoine devient la dernière des préoccupations.

Voilà pourquoi c’est chacun de nous qui devra se souvenir du rôle qu’ont joué pour nous l’art et la culture durant cette période de restrictions et de ce qu’il nous apporte au quotidien sans que l’on en prenne nécessairement conscience. Le Châtel de Theys fait partie de ces trésors hérités du passé et le projet de mise en valeur qui doit s’y développer enrichira le patrimoine documentaire invoqué par l’UNESCO pour aider les États en temps de crise. Alors, ne l’oublions pas et soutenons-le pour qu’il nous le rende quand nous en aurons besoin !

Entre chevalerie, érotisme et alliance matrimoniale: mise en ligne de la conférence du jeudi 15 avril 2021

La visioconférence donnée le jeudi 15 avril dernier dans le cadre du séminaire doctoral du laboratoire Litt&Arts de l’Université de Grenoble Alpes et qui avait pour titre Autour d’une iconographie peu ordinaire sur la cheminée du Châtel de Theys: entre chevalerie, érotisme et alliance matrimoniale a rencontré un franc succès avec environ 200 auditeurs !

De nombreuses personnes nous ont demandé d’en diffuser l’enregistrement pour pouvoir la revoir ou la regarder en différé. La voici donc dans son intégralité. N’hésitez pas à vous abonner à la chaîne YouTube du Châtel pour recevoir une notification à chaque nouvelle vidéo que nous publierons.

Il y a un an, la commune de Montbonnot donnait l’exemple en préférant le Châtel de Theys à Notre-Dame de Paris

À Montbonnot, depuis que monsieur Béguery est à la tête de la mairie, le conseil municipal a pris l’excellente et très philanthropique habitude de venir en aide aux victimes d’accidents majeurs. Il est ainsi intervenu, entre autres, lors du tremblement de terre de 2010 en Haïti, ou encore après le tsunami de 2011 au Japon.

En 2019, c’était bien entendu l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris qui avait retenu leur attention. Cependant, devant l’affluence extraordinaire des sommes rassemblées en quelques jours, Dominique Bonnet, maire adjoint, a tout de suite posé la question de la pertinence d’un don supplémentaire à une cause qui semblait déjà largement soutenue.

Or tous les monuments historiques de France n’ont pas la chance d’avoir à leur chevet de si riches mécènes que Notre-Dame ! C’est pourquoi le conseil municipal de Montbonnot a décidé qu’il serait bien plus utile de venir en aide à un fleuron du patrimoine local. C’est ainsi que le Châtel de Theys a rapidement été choisi pour recevoir un don de 2 000 €. Il s’agit là d’un apport important à l’échelle des travaux à réaliser dans cette maison forte, alors qu’il n’aurait représenté qu’une goûte d’eau dans l’immensité des sommes nécessaires à la restauration de la cathédrale parisienne.

Afin de les remercier de leur générosité, Régine Millet, maire de Theys et Térence Le Deschault de Monredon, conseiller pour le patrimoine, ont accueilli Monsieur le Maire et quelques-uns de ses adjoints pour une visite privée du Châtel (lequel n’est pas encore ouvert au public). Après deux heures d’immersion dans un Moyen Âge merveilleux, peuplé de chevaliers et de nobles dames, les conseillers présents n’ont visiblement pas regretté d’avoir engagé leur municipalité dans le soutien d’un site aussi fortement évocateur que le Châtel !

Espérons que le geste de nos bienveillants voisins et mécènes serve d’exemple à d’autres communes soucieuses de sauver le patrimoine isérois !

Une avancée de 10 000 pas vers la renaissance du Châtel !

Une étape symbolique a été franchie dans notre course pour sauver le Châtel de Theys : notre souscription auprès de la Fondation du patrimoine, en lien avec la Mission Bern, a dépassé la barre des 10 000 euros de dons !

Souvenez-vous…

En septembre 2018 nous étions retenus par la Mission Bern et en parallèle s’ouvrait une souscription auprès de la Fondation du patrimoine afin de récolter des dons qui aideraient la commune de Theys dans son beau projet patrimonial.

Il y a un an (janvier 2019), la commune de Theys était récompensée par l’Académie Delphinale pour son action de sauvegarde et de restauration du Châtel et de ses magnifiques peintures murales.

Aujourd’hui, nous avons réussi à toucher suffisamment de personnes pour parvenir à récolter plus de 10 000 euros de dons. 

Imaginez…

10 000, c’est le nombre de pas que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de faire chaque jour pour rester en forme. Pour le Châtel, chaque euro est comme un pas vers la rédemption et chacun de ces pas, c’est un mécène qui nous l’offre.

Que chaque donateur qui a démontré sa générosité, quel que soit le montant de son don, soit vivement remercié d’avoir contribué à la remise en forme de cette vieille dame qu’est la maison forte du Châtel !

Pour notre part, nous sommes fiers d’avoir réussi à convaincre chacun de vous de l’importance de notre mission.

Sachez que…

10 000 euros, c’est beaucoup, mais pas encore assez pour mener à bien un tel chantier. Comme pour rester en bonne santé, la remise en état d’un monument demande des efforts constants et réguliers.

Nous allons donc poursuivre notre campagne de communication

Cette année, nous avons donné trois conférences pour présenter le décor de la grande salle du Châtel et le public s’est toujours montré très surpris de la richesse de cet ensemble. Les spécialistes du Moyen Âge que nous avons rencontrés sont unanimes sur l’importance de ce témoignage unique et sur l’urgence qu’il y a à le sauvegarder.

Aidez-nous !

Mais nous comptons aussi sur vous pour faire fonctionner l’outil sans nul doute le plus efficace qui soit : le bouche-à-oreille. Rien de plus convaincant que la recommandation d’une cause par un proche, un ami.

Faisons donc notre possible pour que le Châtel devienne connu de tous et qu’il attire de nouveaux mécènes pour avancer de 10 000 nouveaux pas vers sa pleine santé !

Pourquoi ne pas commencer l’année en écoutant Chrétien de Troyes ?