Une épidémie touche le domaine du vivant et il est naturel que tous les regards se tournent actuellement vers les effets du coronavirus sur l’humanité. Les mesures de confinement prises par les différents pays, tout comme l’annonce régulière par les médias du nombre d’infectés et de morts, augmentent l’inquiétude de millions d’êtres humains, déjà stressés de devoir vivre dans des espaces fermés et réduits.

On comprend donc aisément qu’en ces temps de crise pandémique, plus personne ne parle de sauvegarde du patrimoine. Le chantier de restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris s’est arrêté le 16 mars, mettant en difficulté les nombreuses entreprises qui y collaborent et laissant l’édifice dans un état très précaire, sans que cela n’ait suscité un émoi particulier. Toute cette main d’œuvre qui travaille au sauvetage de la cathédrale et qui, hier encore, était considérée comme héroïque (on se souvient des pompiers décorés par le président de la République), a cessé son activité dans l’indifférence totale. Aujourd’hui l’émotion a changé de moteur, le projecteur médiatique a tourné telle une roue de Fortune, et les héros doivent être cherchés parmi le personnel soignant.

Pourtant, l’importance de la culture pour le bien-être d’une société ne s’est jamais fait autant sentir que ces dernières semaines. Et les instances culturelles se montrent généreuses envers le public confiné. En effet, combien de musées, de bibliothèques, de cinémathèques ont ouvert leurs collections à la consultation ? Combien de salles d’opéra, de théâtres, d’orchestres symphoniques ont mis gratuitement à disposition des concerts et des représentations ?

La question qui se pose maintenant est la suivante : nous souviendrons-nous de leur geste lorsque ces mêmes institutions viendront demander de l’aide aux particuliers et aux mécènes pour pouvoir poursuivre leur mission édifiante ? Car elles le feront, parce que les subventions qui les font vivre disparaissent peu à peu. Alors, est-ce que les gouvernements se rappelleront du rôle qu’ont joué les acteurs de la culture durant cette pandémie afin de distraire des millions de confinés de leurs angoisses quotidiennes ?

Le 3 avril dernier, l’UNESCO a publié une déclaration visant à renforcer le soutien au patrimoine documentaire. Il y est notamment écrit que « les archives des expressions artistiques et créatives de l’humanité […] sont une source de connectivité sociale et de résilience pour les communautés du monde entier. » En d’autres termes cela revient à dire que l’art, sous toutes ses formes, renvoie les spectateurs à des racines culturelles communes – ce qui constitue un facteur d’unité sociale – et leur rappelle que notre existence ne se limite pas à un rôle joué dans une société éphémère, mais que cette même société repose sur la richesse de nombreux siècles dont nous sommes les héritiers et qu’elle léguera aux générations futures les fruits de sa propre culture. Sous cette perspective, notre vie s’enrichit soudain d’un passé et apporte sa pierre à la construction d’un avenir. Nous voilà ainsi armés pour relativiser la valeur de nos destinées et, sur un registre moins dramatique, nos tracas quotidiens (ce qui nous conduit à la résilience évoquée par l’UNESCO).

Nous sommes nombreux à nous être émerveillés sur ces images de la nature reprenant ses droits, un peu partout dans le monde. C’est en effet le processus normal lorsque l’activité humaine cesse durant quelques semaines. Appliquez maintenant cela à de vieux bâtiments dans un état précaire qui attendent une restauration urgente et le point de vue sera tout autre. Eux aussi subissent l’arrêt imposé par cette pandémie. Et il y a de fortes chances pour qu’ils continuent à en pâtir après le retour à nos occupations habituelles, car tous nos efforts – et ceux de l’État – seront concentrés à sauver l’économie et nous savons bien que dans pareils cas le patrimoine devient la dernière des préoccupations.

Voilà pourquoi c’est chacun de nous qui devra se souvenir du rôle qu’ont joué pour nous l’art et la culture durant cette période de restrictions et de ce qu’il nous apporte au quotidien sans que l’on en prenne nécessairement conscience. Le Châtel de Theys fait partie de ces trésors hérités du passé et le projet de mise en valeur qui doit s’y développer enrichira le patrimoine documentaire invoqué par l’UNESCO pour aider les États en temps de crise. Alors, ne l’oublions pas et soutenons-le pour qu’il nous le rende quand nous en aurons besoin !

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